À l’occasion du 25e anniversaire du décès du philosophe Gustave Thibon le 19 janvier 2001, Frédéric Rouvillois, professeur de droit public et Benoît Dumoulin, enseignant en histoire des idées politiques, rendent hommage au philosophe Gustave Thibon dont la pensée, ancrée dans une tradition ouverte à la transcendance, constitue un rempart contre l’idéologie.
Gustave Thibon nous a quittés il y a 25 ans, le 19 janvier 2001, à l’âge de 97 ans. Inclassable, le philosophe-paysan catholique né à Saint-Marcel d’Ardèche en 1903 n’appartenait à aucune école de pensée ni ne fréquentait le milieu intellectuel parisien, lui préférant sa terre ardéchoise et les relations de proximité qu’il pouvait y nouer.
Retiré de l’école à 13 ans pour relayer aux champs son père appelé à rejoindre les tranchées, il perd sa mère de la grippe espagnole deux ans plus tard. Menant un temps une vie itinérante de fils prodigue, il fait l’expérience du deuil et de la solitude, lui qui fut marié deux fois pour se retrouver deux fois veuf. Bien que généralement considéré comme conservateur, Thibon refusera toujours de se situer sur le clivage droite-gauche qu’il considère comme une rupture artificielle de l’unité organique du bien commun. De même, il était trop indépendant d’esprit pour accepter la francisque que lui proposa en 1941 le régime de Vichy qui, voyant l’importance qu’il accordait à l’enracinement, aurait voulu en faire son philosophe officiel.
Autodidacte, il apprend par lui-même le grec, le latin, l’allemand, l’italien et l’espagnol afin de lire les grands auteurs dans leur langue originelle. Son éclectisme le conduit à se nourrir de la pensée classique (Platon, Thomas d’Aquin) tout en entreprenant un compagnonnage intellectuel avec Nietzsche, ce qui lui permet de déconstruire magistralement, dans Nietzsche ou le déclin de l’esprit (1948), la pensée du philosophe au marteau, tout en tirant profit de sa critique du christianisme pour purifier celui-ci de toute idolâtrie. Il était également un grand lecteur de Sénèque, Cervantès, Pascal, Saint Jean de La Croix, Mistral, mais aussi de Victor Hugo dont il pouvait réciter des vers à l’infini, servi par sa prodigieuse mémoire et son sens de la déclamation, faisant délicieusement chanter la langue française avec son accent méridional.
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